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Je suis la vraie Vigne
L’Eglise « se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint » : bienheureuse croissance des temps apostoliques ! Faut-il y voir un « âge d’or », une période révolue, à l’opposé des crises de notre époque ? Si nous élargissons notre regard à l’ensemble du monde, l’Eglise ne cesse de se construire, d’avancer, de se multiplier… Mais nous le savons : cette consolation ne repose pas sur des statistiques, mais sur ce que les Actes des Apôtres mettent déjà en lumière, et que tous, nous pouvons vivre dès aujourd’hui, là où nous sommes : le dynamisme de l’Eglise procède d’une fécondité donnée d’en-haut.
Paul et les Apôtres prêchaient « avec assurance au nom du Seigneur ». D’où leur venait cela ? Paul « avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé ». Et l’Eglise « était en paix », comme irriguée de la paix du Ressuscité lui-même : « je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » S’ils ont porté un tel fruit en abondance, ce n’était pas en raison d’une situation facile, l’effet de nouveauté, l’absence d’obstacles : au contraire, le récit des Actes nous montre combien ils ont peiné pour annoncer l’Evangile, se laissant émonder, au fil des événements, avec leurs caractères et leurs sensibilités. Ils ont seulement vécu en disciples véritables, comme des sarments portés par la vraie vigne. Ils n’ont pas agi en dehors de leur communion dans le Seigneur : comme le rappelle la lettre de Saint Jean, il nous faut « avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. »
En choisissant l’image de la vigne, Jésus appelle ses disciples à vivre en lui une communion absolue. A première vue, il reprend un thème connu : les prophètes avaient chanté cette vigne tendrement aimée de Dieu. Ils la décrivent le plus souvent dévastée, méprisée et stérile, image du peuple infidèle, éprouvé et souffrant. Mais Dieu ne cesse de lui parler, de l’appeler. Cette vigne est aussi, dans les psaumes, celle qui se souvient de sa splendeur, et se retourne vers celui qui l’a plantée : qu’il revienne et qu’il prenne soin d’elle !
Or Jésus ne commente pas la situation de la vigne, mais il déclare : « Je suis la vraie Vigne ». Il livre ainsi le sens profond de sa Passion et de sa Résurrection : d’une manière radicalement nouvelle, il assume toute déréliction et toute prière, et il accomplit la promesse de vie et de fécondité. Il devient lui-même la Vigne, désormais. Il en constitue le cep, porteur de sève pour que les sarments portent du fruit en abondance. L’Evangile insiste sur cette relation d’intimité réciproque : demeurez en moi, comme moi je demeure en vous. Alors sont donnés les fruits, en abondance.
Vivons dès aujourd’hui cette béatitude que nous avons entendue avant l’Evangile :
« Heureux qui demeure vivant dans le Seigneur… il porte du fruit en son temps ! »
P. Dominique Catta |